Je ou Nous ou On ?

A quelle personne parler dans une argumentation et pourquoi ?

 

Pour Auguste Comte et la pensée positiviste,  le savoir, même le savoir sociologique, ne pouvait en aucun cas procéder de l’intuition ou de la perception individuelle. Cette dernière devait disparaître au profit d’une méthode historique et comparative rigoureuse à même de dégager de grandes lois sociales immuables et reproductibles.

Or, de la réflexion de Comte, nous n’avons souvent gardé qu’une impression diffuse mais tenace : celle que nous devons nous effacer nous-même pour parler des faits sociaux (par contre nous oublions souvent le reste de la théorie, à savoir la méthode rigoureuse de vérification !).

C'est pourquoi il est convenu de parler de manière impersonnelle, en privilégiant le "on", voire le "nous" :.

  • pour nous forcer à l'objectivité (sans opinion personnelle)
  • pour nous forcer à la modestie (aucun argument n'est réellement personnel, c'est plutôt l'addition de connaissances construites collectivement)

 

Mais...

 

L’historien Ivan Jablonka rappelle que l’objectivité dans les sciences s’obtient, certes, par le débat critique, mais aussi, au niveau individuel, par l’analyse transparente que fait le chercheur de sa propre situation. L’auto-examen du chercheur fait partie intégrante de la boîte à outil des sciences sociales, ne l’oublions pas. Bourdieu parlait d’avoir « un point de vue sur son propre point de vue » ; et ce n’est pas par hasard que Claude Lévi-Strauss emploie largement le je dans son ouvrage célèbre, Tristes Tropiques (la première personne du singulier est d’ailleurs souvent présente en anthropologie sociale). En effet, l’emploi du je permet de ne pas oublier que nous écrivons depuis notre perception, notre contexte ; en l’employant nous indiquons notre situation ; nous nous reconnaissons comme le produit d’une histoire...

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